Miles Davis a toujous innové. Il lui fallait foncer, inventer, changer le cours de la musique. Bitches Brew fait partie des ces changements de cap, une révolution amorcée par In A Silent Way mais qui explose avec ce double disque.
En 1969, Miles Davis entre en studio en ne conservant que Wayne Shorter et Chick Corea et pour y adjoindre une pléiade de musciens : trois bassistes (Ron Carter, Dave Holland, Harvey Brooks), plusieurs batteurs et percusionnistes (dont Jack DeJohnette), plusieurs clavistes (une sainte trinité : Herbie Hancock, Chick Corea et Joe Zawinul) et Benny Maupin qui produit ce son merveilleux de clarinette basse obstinée... A la trompette et à la baguette, Miles, bien sûr. Et, aux manettes, Teo Macero.
Le tout donne une explosion baroque, ludique, sombre et lumineuse à la fois, une euphorie rare.
Dans Bitches Brew ou le jazz psychédélique, Matthieu Thibault, analyse le processus qui amène Miles Davis à se renouveler encore cette fois-ci. Sa vie privée (avec Betty ou Mabry), ses goûts musicaux qui se tournent davanrage vers le funk (James Brown, Sly and the Family Stone) et le rock (Hendrix), l’air du temps qui change, tout porte Miles vers la psychédélisme en inventant ce que l’on appellera aussi le jazz-rock, ou fusion.
Mais au-delà de ce travail historique et analytique des genres et des modes, le grand intérêt de l’ouvrage de Matthieu Thibault est de nous faire découvrir à la fois les méthodes de travail de Miles en studio, mais aussi le formidable apport du producteur, Teo Macero, qui ne se contente pas de travailler le multipiste et les overdubs (qui n’étaient certes pas la partique en jazz), mais d’effectuer un véritable montage des prises effectuées en studio, devenant d’une certaine manière co-auteur de Miles sur cet album, comme les suivants...