Châteaux en ruine, landes brumeuses, farouches highlanders au cœur pur, autant de motifs – voire de clichés – qui s’imposent à l’esprit à l’évocation de l’Écosse. Une ambiguïté réside cependant au sein de cette trop parfaite imagerie. En effet, dès le XIXe siècle, l’extraordinaire vogue écossaise qui saisit l’Europe romantique naît d’une double mystification : le barde celte Ossian – dont la redécouverte avait ému toutes les scènes littéraires – se révèle n’être qu’une pure création du poète McPherson et le grand Walter Scott lui-même, père du roman historique, a davantage inventé que ressuscité le folklore traditionnel qu’il met en scène. Ainsi, depuis deux siècles, l’Écosse est-elle une terre autant rêvée que réelle.
Retrouvez en juin et juillet 2009 une sélection des titres de la collection dirigée par Keith Dixon dans nos librairies ainsi qu’un texte sur
Alasdair Grey, Lanarck, 22,20 €
Roman véritablement culte depuis sa parution en 1981, empruntant
aussi bien à Kafka qu’à Borges, Lanark réinvente la ville de Glasgow à travers différentes variations d’un même lieu (en mode réaliste, grotesque, futuriste ou cauchemardé) que traverse le narrateur, poète maudit et amnésique – nouveau Juif errant – condamné à revivre ses échecs.
Un roman-univers qui s’autorise toutes les libertés stylistiques.
James Kelman, Le poinçonneur Hines, 18,50 €
Eternellement en décalage, Robert Hines, jeune poinçonneur de bus de Glasgow, ne parvient pas à s’adapter à la dureté de sa ville battue parles vents. Seuls points d’ancrage de son cœur incertain, sa femme et son fils, foyer lumineux de son imaginaire révolté.
À la manière d’un Ken Loach, Kelman sait retranscrire toute la dignité
de son simple héros – avec une grâce qui conjugue le prosaïque
et le poétique.
Lewis Grassic Gibbon, Sunset Song, 10,50 €
Sunset song est le grand roman des bouleversements de l’Écosse rurale
au début du XXe siècle. Son héroïne, Chris Guthrie, passe sa vie
entre deux aspirations contradictoires : d’une part son attachement à la nature et aux traditions séculaires de la campagne, et de l’autre
sa passion pour les livres, symboles de l’ouverture au monde et à la modernité. Écrit en 1932,
Sunset Song fit scandale à sa parution pour
son réalisme cru mais reste considéré comme l’un des plus grands romans écossais du XXe siècle.
James Robertson, Le Fanatique, 18,50 €
Andrew Carlin accepte un emploi de fantôme pour effrayer les
touristes lors de visites du vieil Édimbourg. Peu à peu, dans les
sombres venelles de la ville, il développe une véritable fascination
pour celui qu’il est censé incarner – un presbytérien du XVIIe siècle condamné à mort pour sorcellerie, bestialité et inceste.
Les fantômes, transparents symboles d’un passé mouvementé,
hantent le narrateur jusqu’à la folie et l’écriture, vague temporelle qui oscille entre deux époques, brasse les déchirements religieux et nationaux de l’Écosse.
John Burnside, Un mensonge sur mon père, 20 €
« Quel que soit le mal qu’on se donne pour éviter ça, la paternité
est un récit. » Du mensonge familial – destructeur, pernicieux –
au « mensonge » de la littérature – créateur et libérateur, le poète et romancier.
John Burnside retrace une douloureuse enfance écossaise. La force de l’écriture et l’exigence du regard y apparaissent comme le revers lumineux de cette sombre jeunesse.
Retrouvez tous les titres de la collection Bibliothèque écossaise de Anne-Marie Métailié sur leur site.