Stefán Máni a grandi à Olafsvik, un village de pécheurs situé à l’extrémité de la péninsule de Snaefellsnes. Noir océan a reçu, en 2007, le prix de la Goutte de Sang qui récompense le meilleur roman policier/thriller islandais.
Extrait :
La carcasse brun-rouille repose sous la mer, selon une inclinaison de trente degrés à l’arrière sur cinq à bâbord ; la proue surgit en biais de la glace et l’arrière du vaisseau se tient suspendu au bord d’une faille plus noire que la nuit. À la poupe, le château incline ses six étages, surplombant l’abîme de l’oubli, telle une maison hantée dont les fenêtres vides scruteraient le néant. À la lumière du jour, par beau temps, la clarté bleutée s’infiltre à travers la glace jusqu’aux profondeurs. Des phoques curieux viennent nager autour de l’épave, qui oscille par intermittence sous l’effet des courants marins, et laissent alors s’échapper un interminable grincement, des martèlements sourds, et une épaisse traînée 4e mazout qui, sous la clarté blafarde, se teinte de vert, de rose, de violet, remonte et stagne, coincée sous la glace, telle une aurore boréale sous forme liquide.
Ce qui sommeille pour l’éternité n’est pas mort ...