Et guère plus de temps à se mettre en place ! Grâce aux éditions Sabine Wespieser qui nous ont permis de recevoir, le plus simplement du monde, une romancière dont l’engagement politique constitue toujours une indicible menace pour elle-même. Emprisonnée puis consignée en résidence surveillée pendant 5 ans, Duong Thu Huong est sans doute la voix la plus poignante de la littérature vietnamienne. Indissociable d’une virulente critique du totalitarisme, le ton lyrique de ses romans dépeint sans fard ni crainte les existences tumultueuses de ses personnages, en proie aux bouleversements de l’histoire humaine et aux entraves individuelles.
Interviewée par Oriane Jeancourt Galignani pour Transfuge, l’auteur nous a éclairés sur les enjeux d’une guerre qu’il reste encore très difficile de commenter, notamment au Viêtnam où ses livres sont interdits. Dynamique et souriante, elle s’est amusé des idées reçues que peut véhiculer une lecture trop occidentale du conflit, avant de nous raconter avec délectation sa découverte de la langue française ou quelques légèretés sentimentales que permet parfois une existence conçue comme un combat. Fidèle à la mécanique qui structure Au Zénith, Duong Thu Huong déconstruit le bloc monolithique de l’Histoire pour l’envisager du point de vue de ses acteurs. On pourra sans doute affirmer qu’il s’agit là de son chef d’œuvre, de son texte le plus riche et le plus nourri de ses convictions politiques. Ce n’est pourtant ni le témoin meurtri ni le porte-drapeau d’une lutte sanglante que nous avons reçue. Ce soir-là, la plupart d’entre nous ont rencontré une femme alerte et spirituelle, simplement soucieuse de faire partager sa curiosité et son sens de la narration.