Premier roman brillant d’Adam Ross où il s’amuse à disséquer le mariage au travers de trois couples. Comment vivre à deux, heureux, toujours ? Ce qui aurait pu n’être qu’un roman classique va prendre des allures hitchcockiennes.
PREMIÈRE PAGE :
La première fois que David Pepin rêva de tuer sa femme, ce n’était pas lui qui la tuait. Il imagina une intervention divine providentielle. Ils pique-niquaient sur la plage lorsqu’un orage approcha. Tandis qu’ils rangeaient pliants, couvertures et alcool, un éclair jaillit. David vit Alice prendre feu et se transformer, comme dans les dessins animés, en un squelette avant de s’écrouler, réduite à un tas de cendres fumant. Il la regarda trottiner sur le sable, seul point culminant dans l’horizon vide. Elle s’arrêta même pour contempler les nuages qui s’amoncelaient dans le ciel. « Une belle tempête », fit-elle. Alors, mû par un orgueil démesuré, il tenta le sort : « Moi, David Pepin, qui suis plus sage et plus savant que Dieu, j’affirme et déclare qu’en cet instant et sur cette plage, Jones Beach, Dieu ne foudroiera pas ma femme. » Dieu s’abstint. Évidemment. Une fois dans leur van, alors que la pluie tombait si fort qu’ils se seraient crus dans une station de lavage, il se glorifia de sa déité auprès d’Alice en lui demandant, pour la forme, si cet énorme pénis, ce pénis si raide (et si exhibé) pouvait être d’une nature autre que divine. Et là, sur la banquette avant, à l’abri des éléments déchaînés, il fit l’amour à sa femme avec colère et passion.
Il rêvait ainsi de plus en plus souvent, sans le vouloir, par intermittence. Les images surgissaient en lui, voilà tout. L’appelait-elle du travail qu’il s’inquiétait aussitôt : « Il ne t’est rien arrivé ? » Et si elle rentrait plus tard que de coutume, il imaginait tout de suite le pire. Il se mit à rêver en suivant son emploi du temps.
Adam Ross, Mr. Peanut, 10/18, 19,90 €