Les "Poèmes déjeuner" de Frank O’Hara

posté par Olivier Denfert 27 avril 2010

Frank O'Hara (1926-1966) est inconnu en France. Pourtant, il passe pour un l'un des plus grands poètes américains du XXe siècle. L'éditeur nantais Joca Seria publie un premier ouvrage en français, les "Poèmes déjeuner".

Déjà, la couverture fait envie, et donne le ton, une « réflexion » des années 50 du grand Saul Leiter. Une ambiance lumineuse mais diffractée, un éclairage particulier sur le quotidien (le mot « subway » - le métro - inversé dans une vitrine à l’étrange soleil laineux, un personnage anonyme et acéphale, un taxi jaune...). New York vibre et l’on entend d’ici les bruits de klaxons, on sent son énergie insomniaque.

Frank O’Hara est né un mois après Miles Davis (ou deux mois avant, le mystère plane), et mort à quarante ans, deux mois avant André Breton. Il travailla au MoMA où il fut assistant conservateur, et chroniqueur pour Art news. Parmi ses amis, les peintres Willem de Kooning et Joan Mitchell, l’écrivain Eward Gorey (qui fut son co-locataire), le poète John Ashbery. Ce dernier confiant l’avoir vu écrire des poèmes d’un jet, à des moments divers (à son bureau du MoMA, au déjeuner, ou même dans une salle bondée) pour les mettre dans un tiroir et, la plupart du temps, les oublier.

Quittant son bureau à l’heure du déjeuner, il vadrouillait dans la ville, observant tout, notant des anecdotes, des sensations, des émotions :

« C’est l’heure du déjeuner et je vais

faire un tour dans le ronron coloré

des taxis. »

Ce sont des poèmes écrits sur le pouce, des poèmes de l’immédiateté, mêlant le trivial au grandiose, la pause-sandwich au poète (Rimbaud, Baudelaire) ou au peintre (Pollock, Dubuffet) :

« je me relève alors

fais du café et lis François Villon, sa vie si sombre

New York paraît éblouissante et la cravate remonte la rue au vent

J’aimerais qu’elle s’envole ».

L’émotion, l’évanescence, le poème comme la vie : comme un flash :

« ma vie tenue précairement entre les mains

voyantes des autres, leurs et mes impossibilités.

Est-ce cela l’amour, maintenant que le premier amour

est enfin mort, alors qu’il n’y avait nulle impossibilité ? »

Nous sommes des précaires qui, parfois, surgissons dans les mots.

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