Hemingway à Venise

posté par Olivier Denfert 22 février 2010

Alberto Garlini s’était fait remarquer il y a deux ans avec la parution d’un gros roman sur Pasolini*, qui émettait une hypothèse osée sur la mort de l’écrivain et cinéaste. Cette fois, c’est Hemingway qui devient personnage de roman.

Venise est une fête commence à Ketchum, en 1961. Hemingway se lève tôt ce matin là, prend son fusil et se suicide dans une gerbe d’émeraudes. Curieux commencement, se dit-on. Mais cette pluie d’émeraudes trouve tout son sens un peu plus loin.

Onze ans auparavant, à Venise. Un homme arrive très tôt, au petit matin. Il prend un petit bateau à moteur pour se rendre au Gritti où veut rencontrer Hemingway, évoquer avec lui le souvenir d’un ami commun mort pendant la guerre. L’écrivain n’est pas encore éveillé ; l’homme - Roberto - va errer dans la ville. Il croisera une jeune femme, Maria, un peu excentrique, échevelée, trop légèrement vêtue pour l’hiver vénitien : elle vient de fuir le domicile conjugal.

Hemingway se lève. Le manuscrit d’Au-delà du fleuve et sous les arbres (ce magnifique roman si mal reçu par l’ensemble de la critique d’alors) , est encore tout frais. L’auteur s’interroge sur sa publication. Après quelques verres et une conversation avec son cambusier, il part retrouver Adriana Ivancich (la Renata d’Au-delà du fleuve et sous les arbres) pour en discuter. Les aventures de Maria et Roberto, d’un romanesque chevaleresque, se tressent avec celles d’Hemingway et d’Adriana. On voit l’écrivain se dédoubler en Cantwell - le personnage du roman qu’il vient d’achever -, faire le fanfaron en public (cette partie de baseball avec une chaussette dans un palazzo...) et être sensible en privé ; sa femme froisser les pages de son scandaleur manuscrit avant de les remettre à leur place ; Adriana redouter l’opinion publique qui, à Venise, se répand comme une traînée de poudre. Les bloodymary coulent à flot et les poursuites se succèdent dans une Venise nocturne et hivernale, conférant à l’histoire un petit côté James Bond...

Ce livre scintillant ne s’adresse pas qu’aux nostalgiques du grand Hemingway ou aux amoureux de Venise, mais à tous ceux qui souhaitent une lecture vive, cultivée sans lourdeur, dans une grâce logiquement vénitienne.

*(Un sacrifice italien)

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Comique, érotique, imprévisible.

posté par République 16 février 2010

L’évasion de Adam Thirlwell : "Un roman dont l’humour est mélancolique, la mélancolie malicieuse et le talent impressionnant". Milan Kundera

"Ainsi prit fin le siècle : tandis que Haffner regardait un homme caresser les seins d’une femme.

C’était un bel imbroglio. Il en convenait. Mais du moins en était-il à l’origine.

Il avait beau avoir soixante-huit ans, Haffner se sentait jeune. Il se sentait, comme disent les jeunes, in. En tout cas aussi près du in qu’on pouvait l’être. Après tout, il n’y avait que lui pour se retrouver dans semblable situation.

Quelle position ?

Caché dans une penderie, un filet d’ombre passant par les portes, regardant une femme nue taquiner son petit ami."

> à lire aussi du même auteur, Politique, éditions Points.

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L’épopée du crâne de Sade

posté par Olivier Denfert 3 février 2010

Troublante histoire que celle du crâne du célèbre Marquis, séparé de son corps lors de son exhumation, quatre ans après sa mort, et qui semble avoir porté malheur à nombre de ses propriétaires. Le manuscrit à peine fini, Chessex meurt...

Certains auteurs sentent le souffre : Jacques Chessex a choisi de prendre la métaphore au pied de la lettre. Le célèbre Marquis, dans les derniers mois de sa vie à Charenton, où il est enfermé chez les fous, dégage certaines émanations lumineuses et odorantes : sulfureuses, ni plus ni moins. Ses soixante-quatorze ans ne changent rien à ses principes (ni croix sur sa tombe, ni autopsie), ni à ses vices : il débauche la jeune Leclerc, lui fait subir divers sévices (fouet, piqûres, sodomie) qu’à l’évidence elle ne refuse pas (en échange, bien sûr, de quelques « figures », c’est-à-dire des louis d’or). Fidèle à sa manie du code, Sade note les performances, les réussites, selon un système graphique personnel.

Le 11 novembre 1814, un jeune aide-médecin du nom de Ramon arrive à Charenton et s’attache très vite à la personne du Marquis vieillissant, veillant sur ses crises et ses glaires. Sade lui fait promettre de ne pas parjurer ses volontés (ni croix ni autopsie). Il meurt. Quatre ans plus tard, pour des besoins de réorganisation du cimetière, le corps de Sade est exhumé. Ramon, présent, sépare la tête, lumineuse, du libertin défunt. S’ensuit une longue série d’anecdotes autour du crâne - le vrai ou ses moulages -, qui attire une étrange malédiction sur certains de ses propriétaires.

Le narrateur mène l’enquête, jusqu’à devenir le propriétaire provisoire de l’étrange crâne.

Entre document et fiction, un livre qui ne peut que troubler, que l’on connaisse ou non la légende non seulement autour de Sade, mais de son crâne et des délires phrénologiques qu’il a engendré. Mais aussi troublant que soit le récit, il pourrait être mis à distance plus facilement si Chessex n’était pas mort brutalement, dans d’étranges circonstances, peu après avoir mis le point final à ce manuscrit...

On le lit dans la fièvre, l’emportement et la curiosité ; la rythmique des chapitres (très courts, trois ou quatre pages) permet cette lecture haletante. Mieux qu’un polar, la mise à prix de la tête d’un écrivain... Âmes sensibles ou non matérialistes s’abstenir !

(si vous voulez voir un moulage du crâne du Marquis : http://marquis-de-sade.com/Beta/crbst_crane.gif)

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Angoulême 2/2

posté par 28 janvier 2010

Après les diverses rumeurs de suppression du festival de Bande Dessinée d’Angoulême, nous avons décidé de vous faire part de notre goût pour le 9eme art. Au sein de la sélection officielle, voici les titres que nous avons eu envie de défendre afin d’appuyer la nécessité d’un tel festival.

Pachyderme, de Frederik Peeters, édité par Futuropolis. Jeune auteur à l’œuvre déjà fournie, Frederik Peeters nous est revenu cette année avec le superbe Pachyderme. Un album qui impressionne surtout par sa maîtrise stylistique et par la fluidité de sa narration. Venue visiter son mari à l’hôpital, Carice Sorrel plonge peu à peu dans un univers onirique et grotesque qui va modifier son existence à jamais. A l’intersection entre Le Château de Kafka et Brazil de Terry Gilliam, Peeters livre un récit hypnotique, peuplé d’infirmiers délirants, d’espions improbables, de cadavres bavards et d’un pachyderme pour le moins encombrant. Ce nouvel album du jeune belge confirme assurément sa place parmi les plus grands de la BD actuelle. Chroniqué par Eric F. (Mouffetard)

Alpha ... directions, de Jans Harder, édité par Actes sud, l’An2. Au commencement il y avait… le Big Bang. C’est par le trait que Jans Harder a décidé de nous initier à l’histoire universelle des sciences de la Terre. Les planches sont colorées différemment suivant les ères et nous donnent des repères chronologiques précis. L’ensemble est agrémenté de symboles plus contemporains qui font le lien entre passé et présent. Premier volume d’un triptyque magistral, Alpha ... directions est, en soi, un somptueux cabinet de curiosités. Chroniqué par Myriam (Bastille)

La saison des flèches, de Samuel Stento et Guillaume Trouillard, édité par La Cerise. Grâce à Irving McMulligan, le Sioux en conserve c’est possible : adoptez un Indien pour pimenter votre quotidien ! Tout commence paisiblement dans un petit salon, pour finir en western absurde et hilarant ! Chroniqué par Julie (Boulard)

Ikigami, de Motoro Mase, édité par Asuka Vacciné dès le plus jeune âge, chaque individu âgé entre 18 et 24 ans est susceptible de recevoir l’Ikigami, c’est-à-dire l’annonce de sa mort effective dans les 24h. En fait de sérum, un citoyen sur mille s’est vu inoculé les nano-capsules qui écourteront son existence dans le délai voulu. L’aspect purement arbitraire de ces décès, supposé rappeler à chacun la valeur de la vie humaine, soulève peu à peu plus de questions qu’il ne devrait - notamment dans l’esprit de celui chargé de remettre le fameux préavis aux condamnés. Avec cette série au charme addictif et à la tension psychologique constante, on est en droit d’espérer les mêmes nuits d’insomnie que celles procurées en son temps par Monster d’Urasawa. Chroniqué par Eric F. (Mouffetard)

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Angoulême 1/2

posté par 28 janvier 2010

Après les diverses rumeurs de suppression du festival de Bande Dessinée d’Angoulême, nous avons décidé de vous faire part de notre goût pour le 9eme art. Au sein de la sélection officielle, voici les titres que nous avons eu envie de défendre afin d’appuyer la nécessité d’un tel festival.

Rébétiko (la mauvaise herbe), de David Prudhomme, édité par Futuropolis. En l’espace d’une journée et d’une nuit, David Prudhomme nous entraîne dans le sillage de cinq musiciens virtuoses et inclassables. Leur musique est à l’image de leur vie, intense, rebelle, castagneuse, sensuelle et euphorique. Le blues grec, comme une volute de fumée, nous monte à la tête et nous émeut par ses failles et ses césures. Les dialogues sont savoureux, impertinents et le dessin y colle comme le joint à leurs bouches. Magnifique. Chroniqué par Myriam (Bastille)

Eightball de Daniel Clowes, édité par Cornelius. Eightball, compilation des histoires écrites et dessinées par Clowes de 1989 à 2006, rassemble une trentaine de chroniques du quotidien directement inspirées par la ville de Chicago où vit l’auteur. Dans la tradition des comics à la Crumb, rafraîchis par la touche de Chris Ware avec lequel il collabore pour Fantagraphics, y imposant couleurs et formats atypiques, Clowes dépeint la tragique normalité de la vie dans une Amérique déconfite et sans conviction. Avec un dessin précis et une esthétique fifties hautement colorée, c’est au travers de son « double », anti-héros malingre et quelque peu perturbé sexuellement, qu’il éclabousse avec un plaisir féroce la face de cette Amérique convenue. Partant de l’émotion que lui procurent des moments de la vie, il dramatise de petits événements et les transforme en problèmes plus larges qui finissent par interpeller le lecteur après l’avoir fait sourire. Chroniqué par Corinne (République)

Je mourrai pas gibier, d’Alfred, édité par Delcourt. À Mortagne, le choix est cornelien : on travaille soit à la scierie, soit dans les vignes. Embrasser l’une ou l’autre des possibilités, c’est choisir son camp. Pour fuir ce choix peu enthousiasmant, Martial part étudier tout autre chose à la ville et laisse le village derrière lui. Au village il y a Térence, l’idiot avec sa tête qui ne revient à personne et sa cervelle qui déraille ; un bouc émissaire tout désigné, qui va cristalliser la violence et les tensions larvées au sein de la petite communauté. Une excellente adaptation graphique du roman de Guillaume Guéraud. Chroniqué par Julie (Boulard)

Britten et associé, d’Hannah Berry, édité par Casterman. Premier album de la jeune Hannah Berry, Britten et associé est une petite merveille sur le plan graphique. De facture très classique, l’ouvrage rend clairement hommage à la tradition franco-belge en présentant un découpage en cases sobre et équilibré. Un cadre formel dont l’auteur s’amuse et dont il détourne les fondements à la première occasion ; au grand bénéfice de l’ambiance générale de l’ouvrage et du sens narratif très personnel qui en découle. Les dialogues s’en trouvent dynamisés et assurent la tonalité so british qui fait de cette enquête hors-norme un petit bijou de noirceur. Qu’on se plonge ne serait ce que dans la magnifique double page 74-75 pour se convaincre que ce graphic novel à l’esthétique raffinée et assumée est un sérieux outsider pour le palmarès de cette année. Chroniqué par Eric F. (Mouffetard)

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B.S. Johnson, le monument (2) : Jonathan Coe est un grand menteur

posté par Olivier Denfert 14 janvier 2010



J’aime assez que, dans ses Mémoires, La Rochefoucauld attaque immédiatement le centre nerveux des choses, la grande affaire de sa vie : la Fronde. Pourquoi commencer par ces supposées origines, la naissance, l’enfance ? Sur leur importance et leurs conséquences, l’enquête suivra bien. L’ordre chronologique n’est pas forcément celui de la logique d’une vie, qui se joue davantage dans ses à-coups, ses ruptures, ses accélérations. Jonathan Coe est cohérent. Certes, son esthétique se situerait presque aux antipodes de celle de son auteur préféré, B. S. Johnson, lequel aurait peut-être raillé les romans de son futur biographe : il ne supportait pas le roman traditionnel et demandait à la littérature de pouvoir répondre à (et de) son temps. Johnson détestait la linéarité, la soumission à une chronologie simple.

Il fallait donc, pour écrire la biographie (B.S. Johnson, histoire d’un éléphant fougueux) de cet intransigeant avant-gardiste, aller d’abord au plus important pour ensuite déployer la logique du hasard, les tours et détours qui, une fois l’heure des bilans sonnée (avec la mort, ou sans) forment ce que l’on appelle un parcours, une trajectoire, une vie. Coe n’a pas hésité à se remettre en question et à s’interroger sur le genre biographique. Il commence donc par une anecdote : la véritable origine de cette biographie, ce n’est pas la naissance de Johnson, mais le malentendu qui a fait que l’émission de télévision vue dans son enfance, au lieu de célébrer le lieu de villégiature de la famille du jeune Coe, montrait un monsieur plutôt obèse récitant de la poésie sur une plage. Ce fut le déclic, le poison Johnson s’instillait lentement dans les veines de Jonathan pour ressortir quelques années plus tard sous forme d’admiration et de livre - douce maladie pour laquelle on ne souhaite ni vaccin ni cure. Le deuxième élément ? Les romans de Johnson, pardi ! On n’écrit pas la vie d’un écrivain parce qu’il est né et à eu des parents, mais bien parce qu’il a écrit des grands livres. Parlons-en donc ! Aussi Coe résume-t-il un à un les sept livres de Johnson. Puis, après, bien sûr, on peut revenir aux fragments biographiques, à d’autres anecdotes marquantes (ainsi celle de cette étrange déesse galloise apparue sur la route... et bien d’autres).

Johnson disait : « La vie ne raconte pas des histoires. La vie est chaotique, fluide, aléatoire ; elle propose une myriade de fins ouvertes, sans ordre. Les écrivains peuvent prélever une histoire sur le flot de la vie par le seul moyen d’une sélection aussi stricte que précise, ce qui implique une falsification. En fait, raconter des histoires, c’est raconter des mensonges. »

Alors, Coe se pose la question : « en quoi une biographie pourrait-elle un gros mensonge, du début à la fin ? » Eh bien sachez-le, Jonathan Coe est un excellent menteur, pour notre plus grand plaisir.

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B. S. Johnson, le monument (1)

posté par Olivier Denfert 13 janvier 2010

On connaît mal B. S. Johnson en France. Pourtant, un courageux éditeur (Quidam) s’obstine, pour notre plus grand bonheur, à réparer cette erreur.

Certains d’entre vous ont peut-être lu Chalut que nous conseillions, il y a quelques temps déjà, dans notre Gazette d’été. Ou peut-être Christie Malry règle ses comptes, R.A.S. Infirmière-Chef ou encore, l’année dernière, Albert Angelo (avec son fameux trou dans les pages qui permet d’anticiper sur le récit et d’entrevoir... l’avenir de la littérature !). Fin 2009 paraissait Les Malchanceux, étonnant roman qui peut se lire dans un ordre aléatoire (un peu à la manière du fameux Marelle, de Cortázar ). Johnson détestait la chronologie linéaire : le Temps est un ennemi qui gagne toujours à la fin (la mort, bien sûr), mais à qui on peut porter de sérieux coups, l’assouplir et vivre dans ses plis. Hormis donc la première et la dernière partie du roman, les autres sections, non reliées, peuvent se lire dans l’ordre que l’on veut, soit en les battant comme des cartes, en les intervertissant selon une logique du hasard. Peu importe, le sens surgit, fleurit, s’épanouit sous nos yeux, dans le jeu. Pour autant, Johnson ne se livre pas à un simple amusement de laboratoire : le sujet en est l’absurdité de la vie, la misère sexuelle, les échecs amoureux et professionnels, la maladie et la mort. Rien de moins. Le prétexte ? Un reportage de match de football, dans une ville des Midlands, en Angleterre, là où a vécu Tony, le meilleur ami du narrateur, mort d’un cancer. Déambulations, fulgurances d’émotions, résurgences de souvenirs volontaires et involontaires : le narrateur se livre à un long monologue intérieur en errant, en Ulysse des Midlands, de Charybde en Scylla... et de bière en bière. L’ensemble est fort, émouvant, et s’il est peut-être moins drôle que certains autres romans de Johnson, il n’est pas non plus dépourvu d’une pointe d’humour grinçant et d’ironie sur soi. Une éblouissante réussite, loin devant la plupart de ses contemporains. Pour ceux que la littérature traditionnelle tend à ennuyer, qui croient que l’on peut écrire autrement que comme Dickens, et avec Joyce ou Sterne en écho, la lecture des Malchanceux s’impose d’urgence.

Vous trouverez certaines œuvres traduites de B. S. Johnson dans nos librairies, et la totalité à Bastille et Denfert.

A suivre : la biographie de Johnson par Jonathan Coe

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Sylvia, la folle du Village

posté par Olivier Denfert 9 janvier 2010

On ne connaît pas encore bien Leonard Michaels en France. Deux livres paraissent simultanément aux éditions Bourgois : ils nous révèlent un excellent prosateur.

Un seul livre de Leonard Michaels avait paru en 1983 aux Presses de la Renaissance, Le Club (traduction de son fameux et controversé roman, The Men’s Club). Il est épuisé depuis longtemps. Les éditions Christian Bourgois font paraître deux ouvrages : Sylvia, et Conteurs, menteurs. Le premier est le récit, écrit trente ans après les faits, de son histoire d’amour et de folie avec sa première femme, Sylvia Bloch. Elle est petite, brune, belle... d’une beauté particulière. Mais elle est aussi complètement folle, « une folle qui se faisait passer pour une étudiante ». Engueulades permanentes mais dont le déclenchement est imprévisible, caprices ou délires, mises à l’épreuve, menaces, culpabilisation... Le narrateur est embarqué dans l’histoire. Il se rend bien compte qu’elle est folle, que la vie avec elle est impossible, mais il essaie de se convaincre que tout cela est normal, ravi d’apprendre que d’autres couples se disputent, tentant de justifier Sylvia autant que sa propre présence auprès d’elle. Elle le coupe du monde, de ses parents, sauf d’une autre amie très perturbée. Et pourtant, pourtant, ils se marient ; contre tout bon sens, il reste : « Il aurait été facile de quitter Sylvia. Si cela avait été difficile, je l’aurais peut-être fait ». Et l’on suit donc le récit de cet amour cliniquement fou, jusqu’à la tragédie... Sur fond de Miles Davis et de Charlie Mingus, après une escapade avec Kerouac, l’auteur nous fait revivre le Village du début des années soixante. Les nouvelles qui composent Conteurs, menteurs couvrent une période d’écriture d’une trentaine d’années. Deux recueils entiers y figurent, plus un choix des nouvelles tardives. Un univers noir, un humour noir, une écriture lumineuse. L’humour vient faire grésiller le tragique, l’invention verbale est au service d’un art du portrait aussi drôle qu’efficace. une galerie de personnages variés : paumés, fous, tordus, pervers, jouisseurs ou victimes innocentes : marionnettes et marionnettistes du vaste bal masqué de la vie. Une vraie découverte. Amis lecteurs, à vous de jouer.

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Arrière-pays

posté par 9 janvier 2010



Né de l’amitié entre Char et Camus, cet éloge de la « lumière de vérité » du Midi, accompagné de photos d’Henriette Grindat, est enfin réédité.

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William Klein

posté par 21 décembre 2009

"Rome : Pape, prêtres, princes, putains, puces et pauvres." Voilà la Rome photographiée par William Klein. Éternelle.

« Rome est un film, et Klein l’a réalisé. » Federico Fellini dans les années 1950, le jeune William Klein, peintre, graphiste et photographe est invité à Rome par Federico Fellini pour être l’assistant de son nouveau film, Les nuits cabiria. le film est retardé et klein, avec sa caméra, flâne dans la ville accompagné de Fellini et d’autres guides étonnants, comme Pier Paolo Pasolini, Alberto Moravia... ; les nouvelles figures de proue du monde littéraire et artistique italien. c’est ainsi que naît Roma, hommage de William Klein à la ville éternelle. Il est publié en 1959, les photographies étant accompagnées de textes de Moravia, Pasolini, Flaiano, Fellini...

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