« Pendant longtemps, j’ai eu peur de lire Motorman. »
« Pendant longtemps, j’ai eu peur de lire Motorman. (…) Ce n’est pas un livre difficile, inutilement éprouvant, mineur ou vainement cérébral. Motorman est une œuvre centrale, vibrante de mythologie, créée par un artisan de la langue qui manifestement faisait office de médium et captait l’histoire du récit quand il l’a écrite. C’est un livre traitant de l’avenir qui nous vient du passé, et nous sommes étonnamment pris en son milieu. »
Ben Marcus, 2004
PREMIÈRE PAGE :
Moldenke resterait.
Quand il était petit on le gardait dans une maison qui tombait en ruine, un bâtiment avec des gémissements structurels, dont les avant-toits craquaient dans la chaleur estivale et retenaient les glaces hivernales.
À cette époque la cage thoracique de Moldenke abritait deux poumons et un seul cœur.
Il eut une enfance raccourcie, ne connut la jeunesse et l’insouciance qu’à faible degré.
La plupart des phénomènes le laissaient perplexe et lui faisaient entreprendre des promenades sans but parmi les arbréthers sans feuilles. Il ajustait ses lunettes de protection, ses compresses de gaze, et étudiait le vol des oiseaux, les voyait darder des regards apeurés en direction de la terre.
Il appuyait le visage contre la vitre du hublot de sa chambre à la tombée du printemps et attendait l’oiseauvert. L’oiseauvert tournait autour d’un éther à l’agonie, sculptait à coups de bec des spirales dans son écorce sèche. Moldenke se repliait sur une chaise et regardait l’oiseauvert à l’œuvre, notant ses habitudes, son comportement, ses essences :
Coups de bec rapides suivis de pauses. Longue langue agile recouverte d’une substance comme de la gelée, bien pour fouiller dans les écorces d’arbre à la recherche de larves et et cetera. Quand la langue est rétractée, elle s’enroule apparemment autour du cerveau.
Les choses étaient détendues en ce temps-là pour Moldenke. Il était libre et vert frais, avec d’éclatants soleils derrière lui, des spirales devant.
David Ohle, Motorman, Cambourakis, 18 €
L’Eurasie, ses familles, son peuplement, ses racines...
Dans Après la Démocratie, Emmanuel Todd nous livrait ses réflexions sur la crise de la société française, sa stratification en castes,sa vacuité philosophique ambiante, le pessimisme qui y règne, conséquences indirectes du libre-échange érigé en étalon-mètre culturel.
Le mardi 11 octobre, le chercheur viendra nous présenter ce que l’on peut considérer comme les prémices de ce constat, L’origine des systèmes familiaux, première partie de son chef d’oeuvre ; au croisement de l’Histoire et de l’Anthropologie, Emmanuel Todd y analyse les spécificités "eurasiennes" des structures familiales jusqu’à l’époque contemporaine, et leurs conséquences sociologiques.
De la cellule nucléaire, de la racine, jusqu’au présent...
Leonard vit dans l’Intraville, un endroit déserté où se trouve une usine chimique abandonnée. Plusieurs adolescents y disparaissent chaque année dans l’indifférence totale puisque la police ne les considère que comme fugueurs. Mais Leonard sait que la réalité est toute autre et il espère une vie meilleure, remplie d’amour et de livres.
D’une beauté renversante, Scintillation est assurément un roman troublant et passionnant. Il ressemble à s’y méprendre à un thriller aux contours bien noirs mais est un pur bijou. Éblouissant.
PREMIÈRE PAGE :
Là où je suis à présent, j’entends encore les mouettes. Tout le reste s’estompe, comme le font les rêves dès qu’on s’éveille et qu’on cherche à se les rappeler, mais les mouettes sont encore là, plus sauvages et braillardes que jamais. Elles tournent et virent par milliers, appelant et criaillant d’un bout à l’autre de la presqu’île, tellement stridentes et incessantes que je n’entends que ça : ça, et un dernier murmure de vagues et de galets, un grondement local, insistant, derrière les cris de ces oiseaux fantômes dont je remarquais à peine la présence dans la vie qui fut la mienne avant que je franchisse le Glister. C’est tout ce qu’il reste de cette ancienne vie : des oiseaux, par nuées jacassantes, écumant la presqu’île ; des vagues grises, froides, se déroulant sur la grève. Rien d’autre. Aucun autre son, et rien à voir hormis l’ample et pure lumière dans laquelle je m’avance de mon plein gré, sans relâche, au terme d’une histoire que déjà je commence à oublier.
Dans cette histoire, je m’appelle Leonard et, quand j’étais là-bas, je pensais que la vie était une chose et la mort une autre, mais c’était parce que je ne connaissais pas le Glister. Maintenant que cette histoire est finie, je veux la raconter en entier, alors même que je m’éclipse avant que des noms ne soient donnés ou perdus. Je veux la raconter en entier alors même que je l’oublie et ainsi, en racontant et en oubliant, pardonner à tous ceux qui y figurent, y compris moi. Parce q e c’est là que l’avenir commence : dans l’oublié, dans ce qui est perdu. Là-bas à l’Intraville, il y avait une étiquette sur les vieux bidons de sirop de sucre qu’on achetait à l’épicerie du quartier : l’image d’un lion mort en train de se décomposer dans la poussière, avec des flopées d’abeilles qui se déversaient des ombres et béances de son pelage, soutiraient du miel aux plaies.
John Burnside, Scintillation, Métailié, 20 €
En vitrine à L’Arbre à Lettres République : les animaux et nous !
Comment traitons-nous les animaux que nous mangeons ? Convoquant souvenirs d’enfance, données statistiques et arguments philosophiques, J. S. Foer interroge les croyances, les mythes familiaux et les traditions nationales avant de se lancer lui-même dans une vaste enquête. Entre une expédition clandestine dans un abattoir, une recherche sur les dangers du lisier de porc et la visite d’une ferme où l’on élève les dindes en pleine nature, J. S. Foer explore tous les degrés de l’abomination contemporaine et se penche sur les derniers vestiges d’une civilisation qui respectait encore l’animal. Choquant, drôle, inattendu...
J. S. Foer, Faut-il manger les animaux ?, L’Olivier, 22 €


A LIRE AUSSI :
J. Eric MIller, Défense des animaux & pornographie, Passage du Nord Ouest, 14 €
Will Self, Les grands singes, Points, 8 €
Frans de Waal, L’âge de l’empathie, Les Liens qui Libèrent, 22,50 €
Alain Leygonie, Les animaux sont-ils bêtes ?, Hourvari, 17 €
Dominique Lestel, L’animal est l’avenir de l’homme, Fayard, 16 €
Michel de Pracontal, Kaluchua, Seuil, 17 €
La vidéo de la soirée autour du livre de Philippe Gonin sur le groupe Magma aux éditions Le Mot et le reste, en présence de l’auteur et des membres du groupe François Cahen, Klaus Blasquiz et Jannick Top.
"En colère. Contre moi. Contre l’univers tout entier. Je cherche un endroit où me cacher."
Joyce Carol Oates est née en 1938 ! à New York. Son style et ses sujets de prédilection en ont fait un auteur incontournable pour qui aime la littérature. Nous vous proposons de la découvrir sous un autre jour, celui de romancière pour adolescents. Au travers de récits intimistes et sensibles, elle décrit les tourments de cet âge avec la justesse de ton qui lui est coutumière.
Extrait page 41 :
Mais je l’ai vu. Il était là. Je l’ai vu.
Je ne demanderais rien aux enquêteurs. Ne leur poserais aucune question. Un brouillard pâle et glacé m’embrumait le cerveau. J’étais épuisée. Une vieille poupée de chiffon bonne pour la poubelle. Je n’y étais pour rien, j’avais déjà oublié de quoi j’étais censée être responsable. Je refusais d’y penser. Y penser me faisait trop mal à la tête. Et j’avais mal aux yeux à cause du soleil aveuglant. Mal à la peau à cause des lacérations et des points de suture. J’avais oublié le bébé cerf. Ou bien était-ce un chien ? Je ne me souviens pas. C’était peut-être un chien. Une silhouette comme celle d’un cerf, ou d’un chien. Devant nous sur la route. Une oie se laissant soudain tomber de la formation en V d’un bruyant vol d’oies, au-dessus de moi... J’avais déjà oublié, ce n’était pas ma faute. Je ne me rappellerais pas avoir crié Maman ! Fais attention !
Ni rien de ce qui s’était passé après.
Je ne m’en souviendrais pas ! Et nul ne saurait.
À lire aussi : Un endroit où se cacher (Albin Michel, 13,50 €)
Nulle et grande gueule (Gallimard, 11,50 €)
Zarbie les yeux verts (Gallimard, 11,50 €)
Sexy (Gallimard, 9 €)
Venez rencontrer Pierre Richard et Gwendal Le Bec vendredi 9 avril à 19 h à L’Arbre à Lettres République, 33/35 boulevard du Temple, 75003 PARIS.
Avant de devenir un Grand blond avec une chaussure noire et de nous faire rire aux larmes, Pierre Richard a été un petit blond avec un mouton blanc. À travers les dessins de Gwendal Le Bec, Pierre Richard raconte une enfance drôle et poétique qui annonce la personnalité fantasque du comédien.
Dada, la première revue d’art pour les enfants consacre son dernier numéro à Turner au moment de l’exposition au Grand Palais. A cette occasion la librairie de République a accueilli un jeune public pour un atelier de peinture.
La revue Dada en ligne : http://revuedada.canalblog.com/
L’évasion de Adam Thirlwell : "Un roman dont l’humour est mélancolique, la mélancolie malicieuse et le talent impressionnant". Milan Kundera
"Ainsi prit fin le siècle : tandis que Haffner regardait un homme caresser les seins d’une femme.
C’était un bel imbroglio. Il en convenait. Mais du moins en était-il à l’origine.
Il avait beau avoir soixante-huit ans, Haffner se sentait jeune. Il se sentait, comme disent les jeunes, in. En tout cas aussi près du in qu’on pouvait l’être. Après tout, il n’y avait que lui pour se retrouver dans semblable situation.
Quelle position ?
Caché dans une penderie, un filet d’ombre passant par les portes, regardant une femme nue taquiner son petit ami."
> à lire aussi du même auteur, Politique, éditions Points.
La librairie rouvre demain vendredi 4 décembre.
Toute l’équipe vous attend pour vous faire découvrir la toute nouvelle librairie L’Arbre à République !
Pour préparer de beaux paquets cadeaux pour Noël, on est ouverts les dimanche 6, 13 et 20 décembre de 11 heures à 19 heures.
Vendredi c’est nocturne jusqu’à 21 heures !
A très bientôt !