Jon Elster s’est rendu célèbre en publiant, dans les années 80, un article intitulé à Ulysse et les sirènes à qui remettait en cause la conception étroite de la rationalité qui prédominait dans les sciences humaines.
Les éditions du Seuil publient aujourd’hui Le désintéressement, première partie d’un traité qui représente à la fois la synthèse et l’aboutissement de ses recherches. L’auteur s’y livre à une déconstruction du paradigme hégémonique de l’économie : l’homo-oeconomicus.
Selon ce postulat, l’Homme se réduirait à un individu rationnel et égoïste ; autrement dit, l’essentiel de ses actions et de ses choix pourrait s’expliquer par la poursuite rationnelle de son intérêt.
Ce volume consacré au désintéressement est donc une critique systématique de l’axiomatique de l’intérêt dont les hypothèses reposent plus sur des présupposés normatifs relevant de la philosophie politique ou de l’anthropologie que sur des faits.
Jon Elster, non content d’en démontrer le côté réducteur, affirme qu’il ne pourrait y avoir de société humaine sans altruisme. L’auteur décrit ainsi de nombreux comportements désintéressés (coopération, confiance, réciprocité…) sans lesquels il ne pourrait y avoir de vivre ensemble.
Il sape ainsi les fondations trop souvent indiscutées d’un économisme qui s’est imposé sur le plan théorique, mais tend aussi à s’insinuer dans les mentalités et la vie sociale.
À l’heure où le système économique mondial vacille, il est salutaire de mettre à jour les fausses évidences sur lesquelles il repose.