Ou comment le libraire, mis au défi par l’éditeur de faire partager son enthousiasme pour ce roman inclassable, a décidé de se lancer quitte à devoir recommencer dans quelques jours.
La Catastrophe, évènement central et énigmatique autour duquel se construit et se déconstruit le récit, a bouleversé nos sociétés, nos villes, notre monde. En marge des discours officiels vides, de l’imaginaire national préfabriqué, la périphérie grouille. Aliénés, chiens errants, sans abris, utopistes, artificiers terroristes, réfractaires en tous genres réinventent un réel confisqué, reconstruisent une Histoire lacunaire et chaotique. Le lecteur glane au fil des chapitres les traces d’une humanité qui résiste, qui refuse de se soumettre à l’atonie générale, au couvre-feu décrété des consciences. La ville devient un immense terrain de jeu dont les règles ne cessent de changer, où les paysages se modifient jour après jour d’où l’impression diffuse de naviguer en terre inconnue entre rêve et réalité, entre réel et mensonge, en se raccrochant aux derniers fragments d’une humanité qui résiste, ça et là, au détour d’une ruelle sordide, dans le réfectoire délabré d’un asile ou dans les tunnels désaffectés du métro. Jean-Daniel Dupuy signe un roman unique et envoûtant, un diamant noir à la structure labyrinthique où il ne peut être que bénéfique de se perdre. Un immense coup de coeur pour ce livre magnifique et admirablement écrit.
Ce roman est publié par les éditions Attila.