Traducteur de Fitzgerald (Gatsby le Magnifique ; Tendre est la nuit) et écrivain (A l’intérieur du chien ; Zelda), Jacques Tournier nous livre sa version de l’histoire de Francesca de Rimini
Vous connaissez sans doute l’histoire des amours de Francesca da Rimini et de Paolo Malatesta, immortalisées par Dante (chant V de l’Enfer) mais aussi par Tchaikovski, Rachmaninoff, Ingres, Rodin et quelques autres. Moins célèbre que Roméo et Juliette, cette histoire tragique et véritable n’en irrigue pas moins notre culture.
Jacques Tournier s’en empare pour nous livrer un très beau roman, Francesca de Rimini (Seuil). Francesca est une très belle jeune femme, si belle qu’on la surnomme "Beata", comme une madone de vitrail. Son père, Guido Polenta, veut la paix avec les Malatesta, qui terrorisent la région (les fameuses guerres entre Guelfes et Gibelins qui déchirèrent l’Italie médiévale). Il "vend" donc sa fille à Giovanni Malatesta, fils du podestat de Rimini. Giovanni ne pouvant venir à la cérémonie du mariage, il se fait remplacer par son frère Paolo, qui est aussi beau, fin et lettré que son frère est rustre, guerrier, et difforme de naissance. Ils tombent donc amoureux. Leur amour semble impossible, mais ce serait compter sans les vertus de la fauconerie (chasse, sens de l’objectif, aspiration à la liberté), celles de la poésie (Paolo, nommé Capitaine du Peuple à Florence, y rencontrera un certain Dante Allighieri, qui lui fera lire des poèmes) et surtout celles du roman. En effet, Paolo fera parvenir à Francesca le premier volume de Lancelot du Lac ("ce jour-là nous ne lûmes pas plus avant", apprend-on chez Dante).
Elle verra les pages du second volume sécher chez la Tibalda, écrivain public et libraire. Rendez-vous est pris avec Paolo, pour le meilleur et le pire qui, dans le tragique, se côtoient si souvent.
Très beau roman donc, à l’écriture fine, légère, précise, aérée.
Il ne vous reste plus qu’à lire plus avant...