Ce soir, vernissage de l’exposition consacrée à Miles Davis à la Cité de la Musique. Et aujourd’hui, deuxième volet critique sur les ouvrages paraissant sur le Maître
On connaît Franck Bergerot en tant que rédacteur en chef de Jazz Magazine et comme auteur notamment de Miles Davis. Introduction à l’écoute du jazz moderne (Seuil, 1996). Il signe ici le catalogue de l’exposition We Want Miles aux éditions Textuel.
Ce livre est absolument somptueux. La vie de Miles bien sûr, ses amours, ses lubies, son goût pour la mode, les beaux vêtements, le respect de soi dans et par le style. Miles politique : la lutte pour les Noirs et les droits civiques. Miles chambreur, les musiciens blancs en savent quelque chose (Bill Evans notamment), ainsi que certains collègues, Ornette Coleman ou Eric Dolphy... Miles double face live/evil, palindrome de gémeaux : parfois si doux, ouvert, d’autres fois violent, colérique. Et par dessus-tout, Miles l’artiste, celui qui a changé quelques fois le cours de la musique au XXe siècle... Vous comprendrez, ou vous rafaîchirez la mémoire, sur les notions de be-bop, cool jazz, hard-bop, musique tonale, d’échelles, de binaire... Certains solos sont décriptés, les pièces analysées : allez voir le "strip-tease" de "Stella by Starlight", lors de cet extraordinaire concert du 12 février 1964, un des plus beaux jamais enregistrés, en ce qui me concerne (la version de "My Funny Valentine" est une pure splendeur).
Et comme toujours, la marque de fabrique des éditions Textuel, cette richesse de documents iconographiques : vraiment bravo ! Pochettes de disques, bien sûr, et l’on comprend d’un coup l’impact du design et du graphisme inventé pour et par le jazz (cette double page avec notamment les couvertures de Wakin’, Bags Groove, Blue Haze... Et les peintres qui ont accompagnés le jazz, ou dont le jazz les a travaillés : je pense notamment à jean-Michel Basquiat, et plus particulièrement ce tableau, page 21, merveilleusement lumineux sur fond noir... Sans oublier les très nombreuses photos, en noir et blanc, en couleur, dont plusieurs sont rares, voires inédites. On y voit un Miles princier, majestueux, élégant. Et quelques bijoux : Miles souriant en regardant presque paternellement le jeune Tony Williams en 1963, les trois photos où Miles admire, souriant, ébaubi (rareté) Lester Young, admiration de jeunesse... Et puis ses femmes, perles noires, belles, intelligentes, artistes, danseuses, musiciennes, et le plus souvent dévouées. Et l’appartement tout en courbes, et les voitures... C’est presque sans fin. Bravo aussi pour la mise en page, logiquement très swing, et cette couverture...
Bref, des heures d’émerveillement pour tout vrai amateur de Miles, de jazz de musique. Un livre qui restera, à relire, à revoir...