Le 21 octobre dernier, Michel Pastoureau était à l’Arbre à Lettres de la rue Boulard pour présenter Les couleurs de nos souvenirs. Il a depuis remporté le prix Médicis de l’essai : nous lui rendons ici un hommage filmé.
C’est le troisième livre traduit en français de Damián Tabarovsky. Si les deux premiers étaient passés relativement inaperçus, gageons qu’il en ira tout autrement pour celui-ci.
Dami n’a guère de chance. Chaque fois qu’il est au bord de réussir professionnellement, une maladie surgit qui l’empêche de franchir le cap. Hernie discale, ulcère dû à l’excès de médicaments, un ongle incarné ou cytomégalovirus : tout semble concourir à son échec professionnel. Tout ? C’est son corps qui l’en empêche : « Le corps se présente à lui comme un excès, une dépense improductive, une surdose. » Entre la somatisation et le désir inconscient d’échec, la théorie économique de Bataille (dépense improductive, "part maudite") vient à la rescousse comme clé possible, comme symptôme politique.
Car le regard de Dami sur le monde devient de plus en plus critique. Intelligent, bon sociologue, il est performant dans sa boîte de conseil, sur les "nouvelles tendances". Son nouveau rapport est excellent, mais l’hernie discale l’empêche de le lire, provoquant la catastrophe : sa mise à l’écart et son licenciement. Catastrophe, vraiment ? Au fond, Dami est obligé de bouger, de trouver un autre travail. Ce qu’il fait. Puis autre maladie, autre désœuvrement, puis autre travail. Cycle infernal, ou au contraire, saine mobilité, traversée du corps social, nouveauté permanente ? Son désir de marginalité se trouve aussi comblé, comme malgré lui. Paradoxe ? Certes, le superbe et drôle roman de Tabarovsky en est truffé. Ainsi de diverses réflexions : « aucune répétition ne se répète exactement, aucune photocopie ne plagie la réalité ; au contraire, toute répétition défie l’original, toute reproduction transgresse l’origine ». Dans les faits aussi, les signes sont ambivalents, seule l’analyse critique du narrateur et du lecteur peut permettre de démêler quelque chose à l’écheveau de la vie.
Alors, la maladie comme métaphore ? Non : « La maladie a de nombreuses métaphores (le capitalisme, la solitude, la décadence, la fragilité, la guerre), mais elle-même, en revanche, n’est pas une métaphore. » Elle est « dépouvue de métaphore, de sens, de représentation ». Dami veut mettre fin aux métaphores. Un espoir ? Peut-être. « La langue de la maladie doit être inventée, tout comme la langue de la littérature. » Ou à réinventer en permanence.
Et la douleur ? « La douleur rend les gens idiots, niais, stupides ». « On apprend de la douleur. Qu’est-ce qu’on apprend ? Rien. On n’apprend rien. » « La douleur tue l’ironie, décapite n’importe quelle situation drôle, suspend l’intelligence et le bon goût ; elle pervertit n’importe quelle bonne intention. » Et pourtant - nous ne sommes pas à une joyeuse contradiction près -, malgré la douleur de Dami, l’ironie sourd de partout, la drôlerie l’emporte, perforant l’horizon des différentes formes de banalité de nos vies. « La banalité est la vraie philosophie révolutionnaire de notre époque ». A chacun d’y entendre, ou non, le rire qui y pointe.
La galerie Sponte organise une exposition autour du Ventre des philosophes de Michel Onfray. Une série d’événements est prévue, dont une séance de dédicace avec Michel Onfray, le vendredi 5 novembre à partir de 17h, à la galerie (183 ave du Maine), en collaboration avec L’Arbre à Lettres.
Vous trouverez tous les détails ci-dessus ou sur www.sponte.fr
Claro était des nôtres le jeudi 30 septembre pour présenter son nouveau roman, CosmoZ. Nombreux sont ceux qui sont venus écouter les lectures alternées de Claro et Marion et poser des questions à l’auteur. A ceux qui veulent prolonger ce moment intense (ou ceux qui l’auraient raté), voici un petit extrait en images mouvantes, en son, en couleurs, en lumière.
Vous vous souvenez sûrement de la stimulante prestation de Michel Pastoureau, il y a deux ans, sur la couleur noire. Il revient à Denfert pour nous faire partager les couleurs de ses souvenirs et décoder notre présent.
Pierre Boisard, sociologue, est notamment l’auteur du "Camembert, mythe français". Il passe aux travaux pratiques en vous proposant 10 recettes de son (lait) cru.
Vous allez déguster.
Il y a quelque chose de pathétique à tenter de résumer l’irrésumable, à éclairer de sa lampe de poche une tornade d’ombre et de lumière. Mais puisque l’on aime jouer, on peut toujours, en attendant la venue de Claro (le jeudi 30 septembre à 19h), lancer un appel de phare pour tenter d’y voir encore plus clair.
En une vaste fresque, Balzac jouait avec ses personnages en les faisant revenir dans divers romans de sa Comédie Humaine. Claro, lui, s’empare des personnages du roman de Frank L. Baum, Le Magicien d’Oz et leur fait vivre une autre vie. Une de plus : le cinéma s’en est emparé, déjà, à quelques reprises. Sauf qu’il ne s’agit pas ici d’une adaptation, mais bien d’une mise en liberté des personnages, lâchés dans un monde hostile, celui de la première moitié du XXe siècle.
Le roman joue sur cette fugue ─ à entendre aussi musicalement ─, où les voix du roman original, des adaptations filmiques, d’autres textes s’entremêlent joyeusement dans cette apocalypse débridée. On pourrait prendre pour exemple le personnage de Nick Chopper, « homme creux » s’il en est (il est fait en tôle), qui, après réparation par un médecin de sa blessure par un obus, entend de drôles de voix qui résonnent en lui, et l’on entend une voix déclamer un poème de T.S. Eliot, « Les Hommes creux », qui résonne de manière particulièrement sensible pour lui et pour son copain Oscar Crow, l’épouvantail (je vous rappelle le début du poème : « Nous sommes les hommes creux / Les hommes empaillés ». Pour eux comme pour l’ensemble des personnages de CosmoZ, avec le leitmotive « Est-ce ainsi que commence le monde ? », interrogation qui retourne l’affirmation d’Eliot, « C’est ainsi que finit le monde ». Ici, non sur un murmure, mais sur une série d’explosions. Et entre les deux ? Les mots, les aventures, les sensations. Claro invente, réinvente, secoue le cocotier, confronte les histoires à l’Histoire. De son shaker ressort un coktail savoureux, mêlant l’âpre du tragique au sucré fantaisiste, fort pour les amateurs de limonade, réconfortant pour les autres. A la vôtre...
Un seul appel de phare, j’ai dit, le reste, c’est pour jeudi.
Claro revient à L’Arbre à Lettres pour vous présenter sa nouvelle tornade verbale : CosmoZ.
Les personnages du Magicien d’Oz ont fugué, ou sont aspirés dans la spirale du Temps et des événements : ce que l’on appelle l’Histoire. Camps, tranchées, hôpitaux psychiatriques : ils sont embarqués dans la grande, sordide, mouvante, tourmentée histoire du XXe siècle. Retrouveront-ils leur Oz perdu ? Début de réponse ce jeudi 30 septembre, à 19h, avec des lectures de l’auteur et de Marion...