C’est dans le quartier londonien de Bloomsbury, il y a un siècle, qu’une poignée de créateurs (et de penseurs) ont...
C’est dans le quartier londonien de Bloomsbury, il y a un siècle, qu’une poignée de créateurs (et de penseurs) ont infléchi d’une certaine façon de voir le monde. Roger Fry a ouvert la Grande-Bretagne à l’art moderne. Virginia Woolf a inventé un art du roman qui a conquis le monde. Maynard Keynes a développé des théories économiques qui influent sur nos vies. Sans oublier Duncan Grant ou Vanessa Bell… Ce catalogue de l’exposition de Roubaix, richement illustré et documenté est l’occasion de (re)découvrir cette extraordinaire aventure culturelle du XXe siècle.
Comment Destouches est devenu Céline
La lecture de ce choix de lettres de Céline (de l’enfance à la fin de sa vie) permettent une plongée dans la vie et les pensées de l’écrivain, chargé des plus grandes contradictions du XXe siècle : entre violence et commisération, abjection raciste et dévouement, dénégation et désir de vérité. Puis cette formidable et jouissive explosion créatrice de la langue française, cet humour désespéré, mordant et grinçant. Indispensable pour mieux comprendre l’homme et l’écrivain, la transposition de sa vie en écriture, ou comment Destouches est devenu Céline.
On sait peu de choses sur le mystérieux Giorgione, de son patronyme à la paternité incertaine d’un bon nombre de tableaux. Et pourtant, le digne successeur de Bellini et Carpaccio, véritable « miracle entre les Toscans et les Vénitiens » formera le Titien, et changera l’histoire de la peinture. Cette somptueuse monographie est un enchantement.
Témoins de l’art
Sous forme d’entretiens ou de biographies, cette nouvelle collection nous fait connaître l’histoire de l’art par le biais de ceux qui soutiennent et promeuvent la création artistique. Ainsi, les trois premiers titres sont consacrés à des collectionneurs célèbres : Castelli, Beyeler et Dina Vierny. Celle-ci fut aussi modèle de Maillol, résistante, amie de Matisse, du Corbusier et tant d’autres. Elle a notamment fondé le Musée Maillol ainsi que sa propre Fondation. Format attrayant et abondamment illustré.
Dégustation à l’Arbre à Lettres Denfert le 16 décembre à 19 h
Plus de soucis pour votre menu quotidien : notre chef préféré nous a concocté une recette par jour avec, au début de chaque mois, les primeurs, mais aussi les poissons, viandes et fromages de saison. Pour ripailler en simplicité !
Pour dire le Mal universel
Enfin l’intégralité des œuvres de l’une des plus grandes femmes écrivains du XXe siècle. Fragile physiquement (et morte à 39 ans), mais forte de caractère et d’acuité. Cette catholique fervente et joyeuse n’a pas son égale pour croquer un personnage, le caricaturer (elle adorait aussi dessiner), pour dire le Mal universel et omniprésent. Mais avec humour, grâce et une légèreté nerveuse
N’espérez pas vous débarrasser des livres
Le monde change à une allure vertigineuse. S’il y a peu de progrès humains, les innovations technologiques, elles, se chassent les unes les unes dans une précipitation qui confine au vertige. Progrès ou hyper-consommation ? Carrière et Eco discutent avec Jean-Philippe de Tonnac de ces problèmes avec au centre de leur réflexion un sujet qui nous tient, à vous comme à nous, particulièrement à cœur : le statut du livre, son passé, son présent, son avenir. Si « les poules ont mis un siècle pour apprendre à ne pas traverser la route », qu’en est-il, qu’en sera-t-il pour nous ? Peut-être, plutôt que de craindre cet avenir, mieux vaut-il savoir l’infléchir en aiguisant notre sens critique. Pour atteindre ce « gai savoir », le livre en est sans doute encore, et pour longtemps, le meilleur outil.
À lire aussi d’Umberto Eco, Vertige de la liste aux éditions Flammarion.
Franck Bergerot, l’auteur du très beau catalogue de l’exposition We Want Miles à la Cité de la Musique, était dans nos murs, mercredi soir 2 décembre.
Un peu plus d’une vingtaine de courageux ont bravé la pluie qui inondait les rues et faisait des claquettes sur les puits de lumière de la librairie rue Boulard. Cela ne troublait en rien Franck Bergerot, qui, avant de raconter la conception du catalogue, a d’abord raconté l’élaboration de son premier livre sur Miles, Miles Davis. Introduction à l’écoute du jazz moderne. Il s’agissait d’abord d’une commande du Seuil pour la prestigieuse collection "Solfèges", mais, bien qu’au Seuil, le livre ne fut finalement pas publié dans cette collection. Pendant des mois, Franck Bergerot a écouté, réécouté Miles, ad libitum, de jour comme de nuit - ce qui pouvait irriter sa femme ! Approche, non de musicologue, mais d’amateur de jazz qui sait écouter et mettre des mots sur ses impressions, son sentiment, ses intuitions. Et qui n’hésite pas non plus à expliquer, pour les profanes que nous sommes, ce qu’est une quinte diminuée, par exemple, en précisant à deux minutes vingt-six secondes de tel morceau, ce que vous entendez est une quinte diminuée. Ne rechignant pas à « soulever le capot pour voir comment ça marche ». Écouter, et réécouter Miles, c’est apprendre à écouter le jazz moderne. En quoi est -il moderne ? Voilà, il fallait être à Boulard pour le savoir...
Puis l’auteur a expliqué le développement plus spécifique de l’écriture du catalogue We Want Miles publié chez Textuel, a vanté le mérite de l’exposition, tant du travail du commissaire Vincent Bessières que des architectes qui ont conçu un très bel espace, jouant avec le vide et le plein (très "davisien"...), la qualité et la variété des documents sonores, visuels, papiers, picturaux (les très beaux Basquiat...) et les instruments, qui arrivent à point nommé. Pas de fétichisme, mais on est surpris et ravi, dans la petite cellule de la chapelle "Kind of Blue", de voir côté à côte une trompette de Miles et un saxo de Coltrane...
Puis Bergerot est passé aux analyses musicales, des extraits choisis éclairant certains propos, par exemple sur le travail capital de la batterie pour le jeu de Miles (et donc le soin particulier qu’il mettait à choisir les tout meilleurs batteurs : Max Roach, Philly Joe Jones, Tony Williams... Étude comparée, aussi, d’un blues un peu banal, pas très senti (vers 1948, alors qu’il joue encore avec Charlie Parker), puis d’un autre ("Blue Haze") en 1954 alors que Miles ressuscite après sa descente aux Enfers : il sait alors ce qu’est le blues, de ce que ça veut dire, de ce que cela implique physiquement, spirituellement, sensuellement. Ce même blues, repris dans les années quatre-vingt sur scène à Montreux : le même donc, seuls les instruments autour ont changé, mais la voix de Miles traverse le temps. Puis le strip-tease musical de "Stella By Starlight"... un vrai régal. Et le dernier solo de Miles enregistré sur une bande, quelques semaines avant sa mort.
Puis enfin, des extraits de film, les fabuleux concerts de la tournée européenne de 1967, à Stockholm et Karlsruhe...
Magnifique, ce fut magnifique. Ceux qui n’ont pu venir pourront se consoler en venant voir le très beau catalogue, les autres livres sur (et de !) Miles, ainsi que quelques disques... Noël approche ; pour nous, le Prince est venu, est apparemment reparti, mais au fond Miles est toujours là, parmi nous, un peu plus en avant, Miles Ahead....
Le pire est toujours à craindre
Connaissez-vous la collection Suite Noire des éditions La Branche ?
Dirigée par le "parrain" du polar français Jean-Bernard Pouy, cette collection est un hommage rendu à la Série Noire : couverture cartonnée, format court, titres en clin d’oeil à ceux de son aînée, elle réunit des auteurs français déjà publiés dans celle-ci.
Le 24 novembre, la librairie de Denfert vous convie à découvrir cette collection originale en compagnie de Jean-Bernard Pouy, Marc Villard, Jean-Hugues Oppel, Caryl Ferey, Pascale Fonteneau et notre voisine Sylvie Granotier qui nous a donné l’envie d’organiser cette soirée.
En extra, ceux-ci feront oeuvre d’écrivains publics, mais dans un genre bien particulier : confiez-leur un évènement heureux de votre vie et c’est avec un malin plaisir qu’ils vous en concocteront la suite, noire bien sûr !
Donc, si vous êtes curieux de savoir à quoi vous avez échappé, n’hésitez pas. En deux, trois phrases, résumez un souvenir heureux ou un rêve à réaliser, glissez votre papier dans la boîte [1], et rendez-vous le 24 !
D’ici là, visitez le site Suite Noire et découvrez les films noirs tirés de la collection. Chaque film est le fruit de la rencontre volontaire entre un réalisateur et l’un des romans de la collection.
De passage à Paris pour un court séjour, Leonardo Padura s’est arrêté, l’espace d’une soirée, à la librairie de Denfert.
Cocasserie : c’est une traductrice du suédois, Esther Sermage, qui faisait (très bien d’ailleurs) l’interprète en espagnol !!
Philippe a préparé puis posé une série de questions à Padura sur son oeuvre ; l’auteur a répondu en dressant d’abord un tableau de la vie réelle quotidienne à La Havane aujourd’hui, ponctué d’une blague toujours à la mode, voulant qu’il n’y ai que trois problèmes dans le paradis cubain : trouver de quoi manger au petit déjeuner, au déjeuner, puis à dîner...
Ensuite Padura a répondu sur son oeuvre proprement dite, son rapport au polar et au roman noir, ses personnages. Il a en outre parlé de son dernier ouvrage, non encore traduit, El hombre que amaba a los perros. De nombreuses questions furent posées par le public (dont une femme venue exprès de Bordeaux !) Puis la conversation se poursuivit, de manière moins formelle. Padura, visiblement content, nous proposa de refaire une rencontre lors de son prochain passage à Paris : rendez-vous est pris !