Il y a quelque chose de pathétique à tenter de résumer l’irrésumable, à éclairer de sa lampe de poche une tornade d’ombre et de lumière. Mais puisque l’on aime jouer, on peut toujours, en attendant la venue de Claro (le jeudi 30 septembre à 19h), lancer un appel de phare pour tenter d’y voir encore plus clair.
En une vaste fresque, Balzac jouait avec ses personnages en les faisant revenir dans divers romans de sa Comédie Humaine. Claro, lui, s’empare des personnages du roman de Frank L. Baum, Le Magicien d’Oz et leur fait vivre une autre vie. Une de plus : le cinéma s’en est emparé, déjà, à quelques reprises. Sauf qu’il ne s’agit pas ici d’une adaptation, mais bien d’une mise en liberté des personnages, lâchés dans un monde hostile, celui de la première moitié du XXe siècle.
Le roman joue sur cette fugue ─ à entendre aussi musicalement ─, où les voix du roman original, des adaptations filmiques, d’autres textes s’entremêlent joyeusement dans cette apocalypse débridée. On pourrait prendre pour exemple le personnage de Nick Chopper, « homme creux » s’il en est (il est fait en tôle), qui, après réparation par un médecin de sa blessure par un obus, entend de drôles de voix qui résonnent en lui, et l’on entend une voix déclamer un poème de T.S. Eliot, « Les Hommes creux », qui résonne de manière particulièrement sensible pour lui et pour son copain Oscar Crow, l’épouvantail (je vous rappelle le début du poème : « Nous sommes les hommes creux / Les hommes empaillés ». Pour eux comme pour l’ensemble des personnages de CosmoZ, avec le leitmotive « Est-ce ainsi que commence le monde ? », interrogation qui retourne l’affirmation d’Eliot, « C’est ainsi que finit le monde ». Ici, non sur un murmure, mais sur une série d’explosions. Et entre les deux ? Les mots, les aventures, les sensations. Claro invente, réinvente, secoue le cocotier, confronte les histoires à l’Histoire. De son shaker ressort un coktail savoureux, mêlant l’âpre du tragique au sucré fantaisiste, fort pour les amateurs de limonade, réconfortant pour les autres. A la vôtre...
Un seul appel de phare, j’ai dit, le reste, c’est pour jeudi.
Claro revient à L’Arbre à Lettres pour vous présenter sa nouvelle tornade verbale : CosmoZ.
Les personnages du Magicien d’Oz ont fugué, ou sont aspirés dans la spirale du Temps et des événements : ce que l’on appelle l’Histoire. Camps, tranchées, hôpitaux psychiatriques : ils sont embarqués dans la grande, sordide, mouvante, tourmentée histoire du XXe siècle. Retrouveront-ils leur Oz perdu ? Début de réponse ce jeudi 30 septembre, à 19h, avec des lectures de l’auteur et de Marion...
C’était chez nous. Le jeudi 18 septembre, salle pleine à Denfert pour la réception de Claro, traducteur du dernier opus du mythique Thomas Pynchon, et directeur du collectif qui lui est consacré.
Quelques membres de la revue Inculte l’accompagnaient, chacun dissertant sur un aspect de l’œuvre de l’écrivain américain. Contre-jour, roman de 1200 pages, est hors norme à tous points de vue. Impossible de le résumer ; sachez seulement que vous y trouverez des anarchistes explosifs, un chien qui lit, une boule de feu parlante, des mathématiciens en quête d’infini, une théorie de la lumière, du spath d’Islande… Cet immense roman est aussi une formidable machine à déjouer le Temps.
Contre-jour est publié aux éditions du Seuil (35€).
Face à Pynchon, collectif dirigé par Claro est publié au Cherche Midi (20€).