La linguistique mène l’enquête

posté par Elodie 24 mai 2013
le linguiste était presque parfait

David Carkeet signe une drôle de comédie policière qui passe au crible de l’humour tout l’extraordinaire des relations humaines.

Au sud de l’Indiana, l’Institut Wabash est un établissement atypique. Autrefois consacré à l’étude du langage chez les chimpanzés, le centre a quelque peu changé depuis que gagner de l’argent est devenu nécessaire à sa survie. Wabash a donc évolué et entretient aujourd’hui une activité de garderie : solution financière originale qui offre aussi l’assurance de ne jamais manquer de cobayes. Ici, comme Jeremy Cook l’expose au journaliste Philpot, contrepartie de frais d’inscription extraordinairement bas, les parents acceptent en effet que leurs enfants servent aux linguistes de l’institut dans leurs travaux sur la communication (les primates pouvant, là, se laisser remplacer par la descendance d’une branche cousine). Le reporter tient à l’évidence un excellent sujet : en ce lieu, la science a de quoi observer les premiers pas de l’homme dans le monde du langage, tenant la chance de saisir le moment où il s’éveille à l’art difficile d’interagir avec ses congénères. Malheureusement, un tel reportage ne verra jamais le jour.

Dommage pour Wabash qui manque là une belle occasion de publicité, mais il y a pire. Dans le bureau de Cook, on retrouve le cadavre de l’un de ses collègues et c’est bientôt au tour du journaliste d’être porté disparu. La tranquille petite communauté scientifique se trouve bien face à une crise. Menée par un inspecteur, amateur tout singulier de jeux de mots qui seul l’amusent, l’enquête place vite Cook au rang des suspects de choix (sa machine à écrire ne figure-t-elle pas parmi les instruments du meurtrier ?). Déjà inquiet de rumeurs visant à nuire à sa réputation au sein de l’Institut, voilà Jeremy bien autrement embarrassé. Il ne lui en faut donc pas davantage pour se décider à jouer au détective. Exercice qui se révèle bientôt très instructif : les membres de Wabash réservent quelques surprises et, entre deux études sur les « idiophénomènes », l’apprenti enquêteur découvre surtout combien les relations qui organisent la vie du centre peuvent se montrer du plus grand intérêt pour un chercheur de sa trempe (on sait probablement trop peu de quels nombreux services les sciences du langage peuvent être capables et il était donc grand temps de l’apprendre).

Hitchcock aurait sans doute apprécié cette très amusante sorte d’hommage à son œuvre, dont Le crime était presque parfait reste un modèle du genre. David Carkeet cligne en effet très clairement de l’œil au maître du suspense et le titre de son roman ne fait que lever d’emblée tout soupçon quant à cette référence. Comme chez Alfred, le héros du Linguiste était presque parfait l’est bien malgré lui (individu peu remarquable que les événements viennent soudain détourner de la routine qui fait son ordinaire) et surtout – une quasi marque de fabrique hitchcockienne – la solution de l’énigme ne tient qu’à un détail : indice sur lequel on ne met la main qu’une fois le roman touchant à sa fin, quand vient l’heure de démasquer l’assassin. Angoisse, suspense et sueurs froides ne sont en revanche pas au rendez-vous de ce roman. Car, certes, il y a bien meurtres, enquête, résolution (et rarement crime aura été élucidé de pareille façon), mais ce n’est là qu’une couverture et qui s’engage ici prend bien plutôt le risque de s’exposer à la plume d’un auteur assurément doué d’humour et n’ayant pas de leçon à recevoir en matière de comique.

Mener son lecteur dans les contrées de l’absurde, l’engager sur des chemins où, drôles et incongrues, les surprises l’attendent de pied ferme, le conduire à la rencontre de personnages tous prêts à le désarçonner (comportements et répliques savamment prémédités pour distraire) ; telles sont, entre autres, les visées que David Carkeet se sera sans doute données. Et, bien sûr, elles nous semblent tout à fait atteintes.

Le linguiste était presque parfait, David Carkeet, traduit de l’américain par Nicolas Richard (Monsieur Toussaint Louverture, 19€)

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Lisez "Phrixos le fou" !

posté par Elodie Bastille 9 mai 2013

Ni un peu, ni beaucoup, ni même passionnément, mais bien absolument à la folie. Voilà comme nous aimons le premier volet du "Jardin des sept crépuscules" de l’Espagnol Miquel de Palol.

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Phrixos le fou

Une guerre nucléaire a éclaté. A Barcelone, la ville n’est plus que le fantôme d’elle-même : scènes de pillage, de panique, etc., toute civilisation tombe peu à peu en ruines. Un jeune homme, le narrateur, se voit offerte l’opportunité de quitter la cité catalane pour se mettre en sécurité. Perché au sommet de montagnes isolées, un abri l’attend, où d’autres ont déjà trouvé refuge. Au terme de son voyage, bien loin de tout ce qu’il imaginait, c’est une véritable forteresse aux allures de palais qu’il découvre. Une architecture d’un faste hors-norme, des œuvres d’art d’un luxe rare, un aménagement des plus raffinés, quelques passages secrets ou encore un mystérieux jardin où croît une végétation dont l’existence à cette altitude défie les lois de la nature : le lieu se révèle peu à peu des plus sublimes et surprenants. Et les autres « réfugiés », tous éminents représentants de la haute société internationale, ne vont pas moins l’étonner. Dans ce décor somptueux, ils semblent oublier totalement les événements qui bouleversent la planète.

Entre incompréhension et indignation, notre héros hésite à réagir et faire connaître ses sentiments, quand bientôt les discussions s’orientent vers l’histoire de la banque Mir, établissement parmi les plus puissants au monde. À tour de parole, les uns et les autres livrent une version de faits dont ils ont parfois été les acteurs principaux, et auxquels certains parmi les hôtes et auditeurs présents ont pu prendre part (où nous apprenons, en même temps que le héros, combien de proche en proche tous ici sont impliqués). Trois journées s’écoulent ainsi, au cours desquelles se dévoilent les différents pans d’une histoire en forme de saga familiale, où interviennent économie et politique, où s’invite une chasse au trésor, et dont les multiples acteurs voient leurs relations évoluer au gré des alliances et des conflits. Amour, amitié, complots, trahison, chantage, lutte pour le pouvoir : les récits qui se succèdent recèlent leurs révélations et leurs zones d’ombre sur les membres de la famille Mir et ceux qui gravitent autour, hommes et femmes dont le destin les apparenterait vite aux descendants des grandes tragédies grecques.

Et nous voilà, à l’instar du narrateur, totalement happé, tout autant captif de cette saga qu’ébloui et conquis par la maestria avec laquelle l’auteur mène sa fiction, multipliant histoires et sous-intrigues sans jamais perdre (ni nous faire perdre) le fil de son récit, ménageant ici et là quelques intermèdes et s’amusant aussi à glisser quelques pistes dont il faudra attendre pour savoir enfin si elles sont fausses ou non (rien de mieux que l’entretien de certain mystère pour créer le suspense et susciter cette attente qui font les lecteurs fervents et assidus). Le livre refermé, on a alors plus que très envie d’abord de remercier les éditions Zulma pour nous avoir fait découvrir l’œuvre de Miquel de Palol, et ensuite de leur demander qu’elles ne tardent pas trop à nous offrir les deux autres opus de ce Jardin des sept crépuscules. Car déjà il nous tarde vraiment trop de remonter à bord de cette formidable machine à voyager.

Imaginez, immense et magnifique, comptant autant de portes à pousser que de surprises à découvrir, un vaisseau que des cales aux ponts on imaginerait sans fin pouvoir explorer ; un bâtiment abritant un dédale de salles et de pièces toutes porteuses de secrets ; bref, un engin conçu pour vous faire oublier tout des rivages quittés et dont la destination, s’il vous importe bien de la connaître, se laisse toutefois peu à peu éclipser par le plaisir que vous prenez à la traversée. Eh bien, Phrixos le fou est un tel navire. Qui alors pour ne vouloir embarquer ? Et qui, ayant déjà goûté à cette aventure, pour ne plus dès lors espérer que cette unique chose : voir les amarres de nouveau jetées ? Vous l’aurez compris, nous sommes enthousiaste, de la plus heureuse et furieuse des façons.

Phrixos le fou, de Miquel de Palol, traduit du catalan par François-Michel Durazzo (Zulma, 22,50€).

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Voyage sur les canaux de France

posté par Elodie Bastille 9 mai 2013

La Petite Vermillon poursuit sa réédition des œuvres de Jean Rolin. Et c’est peu dire que cela nous réjouit.

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jean rolin

Voilà un homme qui a le voyage heureux. Capable par exemple, entre autres qualités avérées, de donner au récit de sa traversée de la France par les canaux – ô périlleux périple – des accents quasi épiques, et cela, soyons-en avisés, non pas pour vanter ses mérites dignes d’un Ulysse ou ses tout hypothétiques talents de barreur, non pas donc pour hisser haut son statut de héros, mais bien pour mieux s’amuser et sourire de ses menues mésaventures ou dépeindre avec toute la force et tout le piquant nécessaires le caractère (et le physique non moins) de ces figures croisées ici et là le long de ces Chemins d’eau qui mènent « De Nantes à Brest », « De Sète au Rhône » ou bien encore « De la Marne au Rhin » (pour ne citer-là que trois des quatorze parties que compte ce livre).

Oui, voilà bien un homme qui a le voyage heureux et qui surtout – pour notre plaisir à nous – sait formidablement conter et décrire hommes et paysages qu’il scrute et embrasse d’un œil qui est tout autant celui d’un fin observateur que chargé de bienveillance. Jamais de médisance ici ou de critique qui éreinte : si l’on rencontre quelque personnage moins susceptible d’immédiate sympathie, mieux vaut alors en rire et ne pas s’irriter, ne pas s’appesantir et filer ainsi plus léger toujours plus avant du bon côté de la vie.

Oui, assurément, voilà un homme qui a le voyage heureux et qui nous fait une plus qu’excellente compagnie, que l’on soit ou non soi-même lancé sur les routes du voyage. Car s’il est bien incapable de rendre comestibles asperges, raves et artichauts (que certaine éclusière à bon prix lui aura cédés), car si donc il n’est pas des plus habiles aux fourneaux, pour ce qui est de notre idiome en revanche il est bien des plus aptes à nous en régaler, prenant tout le bon temps de la phrase qui s’allonge, pour mieux jouir et nous réjouir au gré de ses méandres des succulences d’une langue aux chair et substance ô combien riches d’infinies nuances et subtiles délices.

Oui, décidément, il fait très bon voyager avec Jean Rolin, qu’il vogue ou qu’il arpente et foule de ses pieds les terres où il fait escale. Et oui, définitivement, la France douce a bien du bon sous cette plume.

Chemins d’eau, Jean Rolin (La table ronde, 8,70€)

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A dégainer pour se dérider

posté par Elodie Bastille 9 mai 2013

On souhaite au héros octogénaire de ce nouveau polar autant de succès qu’au Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire. Qu’on se le dise : les personnes âgées n’ont pas que de beaux restes, elles ont bien plus : de la ressource et du talent.

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Une Lucky Strike vissée au coin de la bouche, un .357 Magnum de chez Smith et Wesson pour meilleur ami, Buck Schatz est la preuve vivante que même avec près de 90 ans au compteur, on peut encore en avoir beaucoup sous le capot. Retraité de la police de Memphis, si cet ex-flic au tableau de chasse impressionnant est bien une véritable légende, cette dernière est en effet tout sauf de celles qui n’appartiennent tout entières qu’au passé. Vue qui décline, mémoire qui flanche, réflexes moins vifs, cerveau qui rencontre parfois quelque défaillance, si le corps exige certes qu’on ne manque pas de le ménager (il est tout de même un âge auquel le moindre pas de travers peut être fatal), Buck jouit toujours bien cependant des armes qui ont fait sa réputation : manière forte et humour tiré à froid (100% kasher et 100% déstabilisant), entre autres. Aussi ne fait-il pas bon le déranger et, pour les criminels, espérer surtout qu’il ne reprenne pas du service.

Tant pis pour eux, car l’enquêteur est de retour. Pour mettre la main sur Heinrich Ziegler et plus encore sur l’or que cet ancien officier SS avait réussi à faire sortir d’Europe avant de filer pour les États-Unis afin d’y commencer une nouvelle existence. Depuis l’époque du camp de Chelmno où il a bien failli laisser sa vie, Buck a de très vieux comptes à régler avec celui qui fut son tortionnaire. Autant dire qu’il n’est pas prêt à lâcher même si l’affaire s’annonce des plus compliquées : comment trouver la piste d’un homme censé être mort depuis plusieurs décennies et dont on ignore tout de la nouvelle identité ? Plus que sur la police, c’est sur l’aide inattendue de son petit-fils, étudiant en droit qui se fait appeler Tequila, que Buck va devoir ici d’abord compter – et découvrir par là même, tout sceptique et ignorant qu’il est des derniers progrès technologiques, de quels pouvoirs sont doués internet et autres outils informatiques. Aussi improbable et mal assorti qu’il est possible de l’être, ce duo va vite devoir prouver qu’il peut être efficace : à l’évidence ils ne sont pas seuls à chercher Ziegler et un premier cadavre vient leur annoncer, si besoin était, que la chasse au trésor ne sera pas sans risque.

Ne deviens jamais vieux ! est parfait pour ceux qui ont adoré L’inspecteur Harry (on dirait aujourd’hui pour les fans d’un Dr House reconverti en flic). C’est le polar idéal pour tous les amateurs d’anti-héros qui cachent bien leurs sentiments dans les plis d’une sale humeur à toute épreuve, râleur devant l’éternel, dont l’esprit sarcastique est capable de décocher des traits doués de blesser autrement mais non moins que des balles. Vif, servi par de bons dialogues et dont l’intrigue n’a rien à envier aux policiers les mieux réussis, voilà donc un roman qui fait une excellente lecture et est de très bon augure pour Daniel Friedman qui fait ici ses premiers pas d’auteur.

Ne deviens jamais vieux !, de Daniel Friedman, traduit de l’américain par Charles Recoursé (Sonatine, 20€)

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Rencontre "Hors les murs"

posté par Antoine Mouffetard 29 avril 2013

La librairie l’Arbre à lettres Mouffetard et l’association Passerelles vous convient à une conférence -diner en compagnie de Jean-Pierre Martin à l’occasion de la parution de son livre L’autre vie d’Orwell aux éditions Gallimard.

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Nous avons particulièrement aimé ce livre qui nous emmène sur les traces d’Orwell dans les dernières années de sa vie au moment ou, retiré du monde, en exil au fin fond de l’Ecosse dans l’île de Jura, il entame la rédaction de son chef d’oeuvre, 1984.

Cet enthousiasme a été partagé par l’association Passerelles qui a convié l’auteur à l’une de ses rencontres, le vendredi 17 mai à partir de 20h00. Les rencontres ont lieu chez un particulier dans un chaleureux appartement avec une vue imprenable sur tout Paris.

L’association Passerelles dont vous pourrez découvrir le programme sur son site, propose des rencontres-conférences avec des écrivains, chercheurs, spécialistes dans leurs domaines de compétences dans des domaines aussi divers que le cinéma, les arts, la philosophie ou la spiritualité et ...la littérature. Ces rencontres, placées sous le signe du partage, cherchent à regrouper des gens de tous âges, mais désireux d’apprendre dans une ambiance amicale et décontractée. Les soirées se terminent d’ailleurs autour d’une table et d’un repas.

Nous nous associons à cette rencontre en particulier, désireux de faire découvrir ce travail généreux et constructif. Nous vous invitons à vous rendre sur le site de l’association pour y découvrir plus de détails et vous y inscrire.

Association Passerelles : du partage de la culture à la culture du partage

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Un livre, une rose : fête des libraires indépendants

posté par Ludovic Mouffetard 26 avril 2013

Le samedi 27 avril, les libraires fêtent le livre et vous offrent une rose si vous offrez vous-même un livre. Cette tradition venue de Catalogne s’installe en France puisqu’elle fête cette année ses 15 ans. L’Arbre à lettres y participe naturellement !

Pour participer à cette fête, l’Arbre à Lettres de la rue Mouffetard a invité Xavier Gorce, l’auteur talentueux des Indégivrables, ces petits manchots, qui, tous les jours, nous offrent en page 2 du journal Le Monde leur vision décalée et originale sur les affaires de la planète. Pas un sujet sur lequel ils n’aient leur mot à dire !

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A l’occasion de cette journée, nous vous offrirons une plaquette magnifique réalisée par l’association Verbes en collaboration avec les éditions du Regard qui présente le travail des libraires au quotidien : de somptueuses photos de Mathilde Salve et Alexandre Lazar.

Venez tôt, il n’y en aura pas pour tout le monde !

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Xavier Gorce sera à la librairie à partir de 17h !

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L'Arbre à Lettres 4 librairies à Paris

République

Arbre à lettre
33/35, boulevard du Temple
Paris 75003
01 48 04 76 52
M°: République
ou Filles du Calvaire
 

Mouffetard

Arbre à lettre
2, rue Édouard Quenu
Paris 75005
01 43 31 74 08
M° : Censier-Daubenton
 

Bastille

Arbre à lettre
62, rue du Fbg Saint Antoine
Paris 75012
01 53 33 83 23
M° : Ledru-Rollin ou Bastille
 

Denfert

Arbre à lettre
14 rue Boulard
Paris 75014
01 43 22 32 42
M° RER : Denfert-Rochereau